La Gazette Drouot
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Enchères - Le PAD en questions
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Le PAD en questions
Le Comité de sélection examine chaque candidature selon des critères de qualité et d’esthétisme
qui font la réputation du Pavillon. Au micro, trois de ses quatorze membres.
La Gazette de l’Hôtel Drouot : La juxtaposition, le mélange des genres – tableaux, meubles et objets d’art – ont fait l’originalité et le succès de votre manifestation. La recette ne risque-t-elle pas de s’essouffler ?
Sylvie Corbelin :
Rythmer le paysage évite de s’endormir, et la surprise est toujours au détour du chemin.
Franck Laigneau : Le Pavillon est parti de cet éclectisme. Son image même était éclectique. Il s’agit surtout d’équilibrer le Salon.
Marc-Antoine Patissier : On ne mélange rien, on fait un choix de différentes propositions. Il ne s’agit ni d’un bric-à-brac, ni d’un fourre-tout ! Ce qui fait le succès du Pavillon c’est son propos, sa direction. Le Pavillon est un laboratoire et il me semble que son succès tient davantage au dynamisme des marchands et à la curiosité des visiteurs.

Quelle est la part de renouvellement pour cette XIIIe édition ?
S. C. :
Nous accueillons une dizaine de nouveaux marchands, chaque année. Tous les dossiers sont examinés par le comité de sélection.
F. L. : Le Pavillon bénéficie de cette image de sérieux, de qualité – on y veille – mais également de tendances. On voit apparaître les modes, ce sont des révélateurs. Ce Salon a une vocation «arts décoratifs». Les marchands eux-mêmes se renouvellent et font des efforts dans la présentation de leur stand.
M.-A. P. : Précédant la période de commercialisation, on demande aux membres du comité de proposer de nouvelles galeries. Par ailleurs, nous recevons des propositions spontanées que l’on examine en termes d’intérêt, dans une espèce de cadre intellectuel dans lequel on se place pour juger de la pertinence ou pas.

Au cours des dernières années avez-vous constaté une évolution des goûts qui témoigne, au-delà d’une mode, d’un courant plus profond ?
S. C. :
La qualité et la rareté sont toujours recherchées pour la décision d’achat. Les goûts s’actualisent aux contacts des modes et des artistes en vogue.
M.-A. P. : Il y a toujours eu une évolution du goût, reste à savoir si elle est notable ou non.
Le changement remonte déjà à une petite dizaine d’années, notamment lorsque les gens ont pris conscience de l’importance du travail des architectes modernes, pour le mobilier. L’apparition d’un design qui s’éloigne de la fonctionnalité pour devenir plasticien est apparu dans les années 1960-1970. En revanche, par défaut ou par élimination, on se rend compte que les visiteurs du Pavillon s’intéressent moins au mobilier XVIIIe.


Vide-poche
en jade néphrite
chinois d’époque XVIIIe
de Sigmund Freud à Vienne,
S. Corbelin, stand 8.
© Sylvie Corbelin, Paris, 2009

En cette période de crise où l’on dit les amateurs un peu frileux quels arguments pourriez-vous développer pour convaincre les hésitants que c’est le moment d’acheter ?
S. C. :
Chacun fait comme il peut avec son budget. En ce qui me concerne je n’hésite jamais à acheter, en restant très sensible à la qualité, à la rareté et au plaisir d’embellissement de ma demeure ou de ma collection.

Quelle est la fourchette de prix dans laquelle un amateur peut espérer acquérir une peinture, un meuble, un objet ?
S. C. :
L’éventail est large et dépend des moyens que l’on attribue à sa passion. Les prix diffèrent selon les spécialités.
F. L.: Avant l’apparition de l’art contemporain au Pavillon, on pouvait constater des gammes de prix, même si c’est un peu réducteur. Le Pavillon est un Salon en mouvement. Il existe tout un éventail de possibles et il me semble qu’un amateur peut déjà se faire plaisir pour 1 000 euros environ.
M.-A. P. : Pour ma part, j’ai acquis deux chefs-d’oeuvre en peinture sur le Pavillon. J’ai notamment «craqué» pour un tableau de moins de 5 000 euros. Le Pavillon a toujours rendu possible à des personnes qui veulent se faire plaisir et qui sont curieuses de pouvoir acquérir des choses à des prix raisonnables. Il y a aussi l’autre extrémité inverse avec des pièces de 300 000-400 000 euros voire plus, mais lorsqu’on prétend présenter ce que l’art a fait de mieux au cours des cent cinquante dernières années, il serait bien malheureux qu’il n’y ait pas une galerie qui ne présentât pas des oeuvres d’une valeur de 500 000 euros. Si on n’est pas capable d’avoir sur ce genre de Salon un splendide Picasso ou une oeuvre importante de Juan Gris... Mais je pense néanmoins que la qualité n’est pas toujours une affaire de prix.

Quels conseils donneriez-vous à un amateur débutant ?
S. C.:
Après une période d’observation, faire confiance à un ou plusieurs marchands qui ont une proposition en rapport avec le goût ou la quête souhaités. Le parfait exemple est Pierre Bergé. Quelle réussite !
F. L. : Il faut que l’achat résonne en lui. Par ailleurs le marchand est là pour l’accueillir, le guider, lui présenter la pièce qu’il aura sélectionnée. Compte tenu qu’il n’existe que très peu de pièces anonymes sur le Pavillon – les objets sont référencés, ils ont une provenance, une histoire connue, n’oublions pas que le Comité de sélection vérifie chaque fiche technique, l’approuve ou la refuse –, le client a peu de risque de se tromper. Ensuite, c’est une question de moyens, mais même le plus petit objet sera identifié par sa fiche et aura donc une traçabilité.
M.-A. P. : Ne pas commencer à calculer. Il faut aller vers le plaisir, que l’achat obéisse à une motivation profonde et ne surtout pas hésiter à parler avec les marchands, à se faire expliquer. Il ne faut pas se laisser convaincre par de mauvais arguments, pas plus qu’il ne faut se mettre dans la tête de mauvais raisonnements.

Sur les 30 000 visiteurs que vous attendez, environ 5 000 seront présents le soir du vernissage. Ne craignez-vous pas que les mondains «étouffent» les véritables collectionneurs et les amateurs ?
S. C. :
Tout le monde est le bienvenu, et nous savons reconnaître le véritable intérêt du collectionneur, même dans un bain de foule.
F. L. : Plusieurs évènements – public, presse, privé ou semi-privé – ainsi que deux nocturnes toucheront à chaque fois une clientèle ciblée. Chacun y trouvera donc son "moment"...

Johann Borgersen (1863-1930),
banc Jugendstil, en chêne, Norvège, vers 1900,
Franck Laigneau, stand n° 2.

L’idée que le Pavillon des arts et du design intègre le Grand Palais vous séduirait-elle ?
S. C.:
Nous en parlons parfois en comité, et personnellement les Tuileries ont ma faveur. C’est le meilleur emplacement Paris centre et le plus poétique, surtout lorsque le printemps est de la partie. Le nombre des exposants y est limité, la visite du Salon est donc une promenade et non un marathon. Mais la décision appartient aux organisateurs
F. L. : Je suis à 100 % pour ! Pour y avoir eu une expérience au Salon du collectionneur. Les Tuileries est un lieu extrêmement agréable, mais ça l’est davantage au Grand Palais bien que sa lumière soit l’un des aspects qui inquiètent. Mais au-delà de cette difficulté, il reste quand même un lieu magnifique et d’une plus grande résonance. Le Grand Palais bénéficie d’une aura car il a toujours été le lieu des Expositions universelles, un lieu de rayonnement. Le sujet a été évoqué, mais n’est pas à l’ordre du jour. Par ailleurs, l’aspect chaleureux et confidentiel du Pavillon est parfaitement adapté à un nombre volontairement restreint d’exposants. Pourquoi ne pas l’ouvrir davantage ? Une plus grande vigilance serait sans doute requise pour que la qualité soit au rendez-vous, mais un "nanar" se repère vite et nous intervenons aussi pour corriger le tir.
M.-A. P. : Pourquoi pas ? J’ai toujours été dubitatif sur l’intérêt d’aller au Grand Palais. Je trouve que l’emplacement des Tuileries est formidable, au centre de Paris, proche des grands hôtels. Le Jardin est un endroit épatant, on est en avril, il ne faut pas l’oublier. Le fait aussi que ce soit près du Louvre, près du musée des Arts décoratifs peut permettre de coupler les visites. Les Tuileries sont au centre d’un réseau de voies d’accès, d’institutions et de lieux directement liés à l’activité de nos visiteurs. Par ailleurs, le plan du Pavillon est «obligatoire»... en longueur, très clair, on ne peut manquer personne et justement pour une exposition qui a vocation de faire découvrir, de lisibilité, l’endroit est idéal. La question a été évoquée, j’ai donné mon avis, mais je me suis peut-être trompé car peut-être suis-je trop sensible à des choses qui ne sont pas si importantes que cela. Il y a d’autres arguments qui sont tout aussi valables pour le Grand Palais. Tout d’abord, c’est un lieu de prestige, mais j’ai toujours considéré que nous n’avions pas besoin de nous mettre du papier cadeau avec un gros noeud autour pour avoir l’air bien. Ce n’est pas l’emballage qui compte mais avant tout c’est que qu’on présente et ce que font les galeristes dans leur stand. Il faut que cela soit correct, agréable et je crois que le Pavillon offre toutes ces qualités-là. Néanmoins le Grand Palais reste un lieu mythique qui, traditionnellement et en permanence, reçoit des expositions de très haut niveau. Il est connu dans le monde entier. Autres arguments pour le Grand Palais... la structure existe déjà, on a pas besoin de la construire. Je ne connais pas exactement en termes de coût ce que cela représente... même s’il est vrai que le prestige du Grand Palais et le plaisir d’y exposer serait formidable ! Le Grand Palais a un défaut, même s’il existe des moyens d’architecturer l’exposition de façon à ce que les gens qui veulent avoir une atmosphère sombre avec des éclairages artificiels puissent le faire, mais c’est vrai également que la lumière du jour à midi – pas forcément la plus vilaine – est peut-être pire en fin d’après-midi. Elle écrase tout, est trop violente et fait perdre le sens des volumes, alors qu’au Pavillon, la lumière est stable et constante. Si un jour, nous sommes susceptibles d’intégrer le Grand Palais, l’un des grands défis sera d’arriver à traiter, chacun à notre manière, la lumière et de corriger ce défaut sans doute bien mineur. La question n’a pas été posée de façon pratique. Le plus souvent, elle émane de journalistes et puis surtout, personne ne s’est encore plaint des Tuileries !

Propos recueillis par Marie C. Aubert