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| Rock around Tinguely |
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Avec ses facétieuses machines-sculptures, Jean Tinguely détourne les objets
pour mieux dérouter le spectateur. Silence, moteur, action !
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Estimation : 35 000/40 000 euros.
Jean Tinguely (1925-1991), Rocker III, 1963, fer, composants électriques, moteur, 45 x 48 x 34 cm.
Marseille, samedi 29 mai 2010.
Damien Leclere SVV. Christine Le Chanjour.
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Ça bouge, ça tourbillonne, ça fait du bruit. C’est signé Jean Tinguely. Le bien nommé Rocker III s’inscrit dans le travail de l’artiste sur la cinétique et l’utilisation de matériaux de récupération. Ces métaux hurlants crient au rythme de leurs vrombissements mécaniques le droit à la vie, à l’imperfection et à la vieillesse. Sortis de décharges, ils connaissent même une seconde existence. Au beau milieu des Trente Glorieuses, avec l’industrialisation à tout va et la production intensive de machines neuves, Tinguely milite pour le recyclage pourvu qu’il soit artistique ! Ses machines ont beau engendrer des mouvements et des sons, toute cette énergie est vaine, ne produit rien. Il y a bien sûr du dada dans la démarche, Marcel Duchamp a sans aucun doute inspiré le trublion, tant dans son travail que dans la vision pleine d’autodérision qu’il porte sur celui-ci. Bref, le génial sculpteur Tinguely démystifie l’art. À l’instar de ses camarades du groupe des Nouveaux Réalistes, qu’il rejoint en 1961, il cherche à approcher au plus près la réalité, le quotidien, allant jusqu’à nier pour cela le fameux caractère sacré de l’art. "On s’en fout, de l’art", déclare-t-il à qui veut l’entendre. Tinguely n’hésite pas, en 1960, à intituler Hommage une construction explosive qui s’autodétruit au bout d’une trentaine de minutes lors de son exposition au MoMA de New York. Les spectateurs restèrent éberlués devant ce carnage de piano, radio, éléments automobiles, roues de vélo et autres engins fumigènes. De la même façon, les habitants de Düsseldorf durent rester cois, le 14 mars 1959, lorsqu’ils virent tomber du ciel 150 000 exemplaires de son manifeste, Für Statik. L’artiste sait attirer l’attention sur sa création. La démarche n’en reste pas moins parfaitement cohérente. Dans les confins de sa Suisse natale, le jeune homme en proie à des tensions familiales aimait déjà s’isoler dans les bois et confectionner des roues hydrauliques... avec effets sonores, s’il vous plaît. Bientôt les ambitions naissent, Jean Tinguely veut devenir artiste. Mais avant d’entrer à l’école des beaux-arts de Bâle, puis de monter sur Paris en 1953, le chemin fut long. Traumatismes de la guerre, fugue, emprisonnement. le jeune homme devient finalement décorateur de vitrines. Si l’activité semble modeste, Tinguely ne la révolutionnera pas moins ! Pour une vitrine de fourrures, il remplit une brouette de tous les gravats juchant la chaussée, les déversa dans la devanture du magasin, avant de «négligemment» déposer sur le monticule un manteau de son choix. Rien de fade, ni sans saveur, Tinguely veut marquer les esprits, renouveler les genres.
Avec ses Métamatics, machines à peindre présentées à la Biennale de Paris en 1959, il se moque joyeusement de la peinture abstraite, ses Sculptures chars condamnées à reproduire à jamais le même mouvement invitant à la réflexion. Ancrées à jamais dans notre réalité, ses machines nous obligent à devenir spectateurs actifs, qu’il s’agisse simplement de mettre en marche son mécanisme.
À partir de 1963, ses oeuvres se parent de noir, qui souligne intensément leur forme, à l’image de notre Rocker. Désormais, les machines adoptent aussi des fonctions multiples. Elles tournent, basculent et font également appel aux cinq sens. Ainsi Klamauk, née en 1979, roule et fait du bruit et, mieux encore, émet de la fumée et sent mauvais. Rock’n’roll, on vous a dit ! |
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| Caroline Legrand |
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