La Gazette Drouot
Une miniature de la duchesse de Berry
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Quand bordeaux reçoit une princesse
Avant d’être empochée à la faveur d’une vente bordelaise, une rarissime boîte devrait affoler bien des coeurs ! Retrouvailles avec une princesse... très glamour.

Estimation : 15 000/20 000 euros.
Boîte en or portant sur le couvercle une miniature de la duchesse de Berry, gravée sur la tranche intérieure «donnée à Mr Le Vte Du Hamel maire de Bordeaux
par S.A.R. Madame Desse de Berri le - juillet 1828», poinçon de Paris, 1819,
maître orfèvre Gabriel-Raoul Morel, 5,8 x 8,5 cm, 137,3 g.
Bordeaux, mercredi 18 novembre. Bordeaux Chartrons- Bordeaux Enchères SVV.

Comme sa grand-tante Marie-Antoinette, la duchesse de Berry (1798-1870) compte parmi les figures les plus attachantes de l’histoire de France.
Fille du roi des Deux-Siciles, Marie-Caroline a dix-huit ans quand elle épouse, en 1816, le duc de Berry, second fils du comte d’Artois. Pétulante et charmante, la jeune femme apporte animation à la cour froide et vieillissante de la Restauration.
Ainsi notre princesse, tout aussi sensible à la mode qu’enthousiaste lectrice de Walter Scott, révolutionne la monotonie des costumes de cour en choisissant de porter des vêtements à l’écossaise. Le couple princier s’intéresse bien sûr aux arts, loge au palais de l’Elysée spécialement réaménagé pour eux. Peu attachés à l’étiquette, ils font aussi transformer le château de Rosny en un havre de paix leur permettant d’échapper au cadre rigide des obligations officielles. Las, les «années bonheur» prennent fin avec l’assassinat tragique du duc de Berry, le 13 février 1820, à l’Opéra. Du jour au lendemain, notre princesse fêtée et adulée devient une pathétique veuve enceinte. Sept mois plus tard naît "l’enfant du miracle", Henri d’Artois, également devenu l’héritier du trône de France. Il reçoit encore le titre de duc de Bordeaux, une nouvelle distinction honorifique qui rend hommage à la cité girondine : ayant résolument pris en 1814 le parti royaliste, Bordeaux fut la première ville de France à se rallier aux Bourbons. Quatorze ans plus tard, le régime autoritaire de Charles X étant de plus en plus contesté, la duchesse de Berry, mère du futur Henri V, voyage en Aquitaine à dessein de ranimer les fidélités à la Couronne. Mission de propagande, la tournée prélude à la célèbre chevauchée que fera "l’amazone" du parti légitimiste en juin 1832, contre Louis-Philippe Ier d’Orléans. Loyale envers les Bourbons, Bordeaux se doit de recevoir somptueusement la princesse : durant quatre jours, du 14 au 18 juillet 1828, la municipalité donne des fêtes éblouissantes. Très touchée de cet accueil royal, la duchesse de Berry remercie la ville et, le jour de son départ, offre au maire, le vicomte André Guy Victor du Hamel, notre précieuse boîte. Pieusement conservée ensuite dans la famille, celle-ci n’a jamais été exposée et provient directement des descendants. Encadrée de fines arabesques et de jolis fleurons décoratifs, notre messagère de l’histoire est poinçonnée de l’orfèvre parisien Gabriel-Raoul Morel, spécialiste des tabatières de récompense. Quant à l’image gracieuse de la princesse, elle est attribuée à Jean-Baptiste-Joseph Duchesne (1770-1856), miniaturiste de la famille royale. Avec un sens délicat des couleurs, le portrait insiste sur la blondeur de la chevelure, la carnation lumineuse de notre élégante duchesse.
Mais, récapitulons : une princesse chérie, l’hommage d’une ville, une exceptionnelle boîte et un précieux objet de collection... les amateurs de souvenirs historiques en frissonnent déjà. Quant aux musées, ils pourraient bien dérouler un tapis rouge pour cette héroïne romantique.


À lire
Jean-Joël Brégeon, La Duchesse de Berry, éd. Tallandier, 2009. Collectif, Entre cour et jardin, Marie-Caroline, duchesse de Berry, catalogue de l’exposition au château de Sceaux, éd. Musées de l’Ile-de-France, 2007.

Chantal Humbert
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