La Gazette Drouot
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Au coeur du Louvre
Louvre
Nouvelles salles d’art grec classique et hellénistique

Le 7 juillet, après d’importants travaux de réaménagement, le musée du Louvre ouvre au public les nouvelles salles consacrées à l’art grec classique et hellénistique (450-30 av. J.-C.). Abrité dans l’angle sud-ouest  de la cour Carrée, cet ensemble forme deux galeries appartenant aux anciens appartements royaux, qui se poursuivent par la célèbre salle des Caryatides. Le parcours chronologique consacré à l’art grec antique est ainsi achevé. Il commence à l’entresol par la galerie de la Grèce préclassique et se poursuit par deux salles, qui s’articulent avec le nouveau projet, consacrées à deux monuments exceptionnels : le temple d’Olympie et le Parthénon d’Athènes.

De l’Italie du Sud à l’Asie Mineure
Au rez-de-chaussée, la première galerie au nord fait partie de l’aile construite à partir de 1556 pour le palais de la Renaissance. C’est là que les reines de France séjournaient : la reine mère au rez-de-chaussée et la reine régnante à l’étage, à proximité des appartements du roi. L’architecte Fontaine fut chargé de transformer cet espace lorsque celui-ci fut affecté au musée afin d’héberger la statuaire antique. Le redéploiement des collections y propose, selon un parcours géographique, un véritable voyage dans le monde grec, de l’époque du Parthénon à la conquête de la Grèce par Rome. La culture grecque ne correspond en effet pas strictement à la Grèce d’aujourd’hui : le monde grec antique était beaucoup plus vaste et ses limites d’abord définies par la langue. Nous en présentons les différents foyers : Athènes, les régions moins connues de la Grèce du Nord – Épire, Thrace, la Macédoine –, puis l’Italie du Sud, l’Asie Mineure, l’Égypte et la Libye. Chaque salle rassemble les témoignages d’une région du monde grec en y mêlant les matériaux et les techniques (vases, bijoux, sculptures, éléments d’architecture…) selon les principes définis en 1997 pour le début du parcours chronologique consacré à l’art grec. Cette forme de regroupement du matériel archéologique permet d’en montrer la diversité. Pour éviter les anachronismes, la présentation est concentrée sur la période allant du IVe siècle au Ier siècle av. J.-C., époque où les conquêtes d’Alexandre le Grand et de ses successeurs correspondent à l’extension maximale de la civilisation grecque.

Amphore panathénaïque, (face A : Athéna), terre cuite, Bengazi (Cyrénaïque), 323-322 av. J.-C.
© 2005 musée du Louvre/Daniel Lebée et Carine Deambrosis

Dieux et héros
La seconde galerie, au sud, parallèle à la première, fut inaugurée entre 1811 et 1815 : d’anciennes cours y furent transformées en musée des Antiques pour abriter notamment la collection Borghèse. Elle  est formée de quatre salles lumineuses, plus larges qu’au nord et destinées à accueillir la statuaire antique. Le nouvel aménagement y dispose les répliques romaines des chefs-d’œuvre disparus de la sculpture grecque classique, selon un parcours thématique consacré aux dieux et héros de la mythologie (Pallas de Velletri, Athéna Mattei, Apollon Sauroctone, etc.). En effet, nombre de statues de style grec que nous connaissons aujourd’hui sont en réalité des répliques réalisées par les Romains. Les originaux, souvent réalisés en bronze, ont pour la plupart disparu. Restent des répliques provenant de Grèce et d’Asie Mineure, d’une importance fondamentale : c’est par leur intermédiaire que nous sont parvenus certains des chefs-d’œuvre de la sculpture grecque.

La salle de la Vénus de Milo
La galerie sud aboutit à la salle de la Vénus de Milo, qui regagne ainsi la place, prestigieuse, qu’elle occupa de 1824 à 1848. Découverte en avril 1820 sur l’île de Mélos – Milo en grec moderne –, elle fut acquise par l’ambassadeur de France auprès de la Sublime Porte, le marquis de Rivière, pour en faire hommage au roi. Le 1er mars 1821, Louis XVIII l’offre à son tour au musée du Louvre. On ne sait pratiquement rien de l’endroit où était la Vénus elle-même : elle a été retrouvée fortuitement dans un site assez complexe, sans doute le gymnase. Généralement placés sous la protection d’Hermès et d’Héraclès, les gymnases étaient symbolisés par des piliers hermaïques, bornes de forme rectangulaire terminées par une tête et où le membre viril est représenté. Or, trois de ces piliers ont été retrouvés en même temps que la Vénus, un fragment de main avec une pomme, des fragments de bras d’une taille supérieure, un petit pied – qui n’est pas son pied gauche. Il est donc possible qu’il y ait eu un sanctuaire dans ce gymnase, mais il est plus vraisemblable que ces fragments aient été rassemblés là pour fabriquer de la chaux. Dans sa nouvelle salle, la plus grande du secteur (214 m2), la Vénus de Milo est entourée de certains de ces fragments. Dans les niches retrouvées de l’architecture d’origine sont évoquées l’histoire de sa découverte, l’iconographie d’Aphrodite à l’époque hellénistique et les techniques de la sculpture contemporaine permettant de dater la statue.

Apollon sauroctone, marbre de Paros, Italie, Ier siècle apr. J.-C.
© 2006 musée du Louvre/Daniel Lebée et Carine Deambrosis
  Aphrodite dite «Vénus de Milo», marbre de Paros, Grèce, Archipel des Cyclades, 130-100 av. J.-C.
© 2010 musée du Louvre/Angèle Dequier
Un chef-d’œuvre restauré
Le redéploiement des collections d’art grec classique et hellénistique a été l’occasion d’une nouvelle campagne d’analyse et de restauration des œuvres, en particulier de la Vénus. Le temps de la réfection des salles du rez-de-chaussée, il a fallu déplacer la statue jusqu’au premier étage du musée. Pour vérifier que ce déplacement ne comportait aucun risque, une gammagraphie a été réalisée grâce au Centre des études atomiques, une simple radiographie ne permettant pas de «traverser» le marbre. Dans un second temps, un minutieux examen de surface, à l’œil nu puis en lumière ultraviolette a mis en valeur les zones de fragilité. Cette observation a montré que la partie supérieure de la statue – le dos, les épaules, la chevelure – était en fort mauvais état à cause des intempéries auxquelles elle a été soumise, exposée très longtemps en plein air dans l’Antiquité. Ces zones obligent à prendre des précautions pour les manipulations, et même les dépoussiérages. Une commission de restauration a été mise en place, composée de sculpteurs, de peintres, de professeurs d’université et d’experts extérieurs au Louvre, et saisie à toutes les étapes de la restauration, réalisée entre novembre 2009 et avril 2010.
Le parcours se prolonge ensuite dans la salle des Caryatides remaniée, où sont exposées les répliques de la sculpture grecque hellénistique. Mettant en valeur les salles parmi les plus anciennes du musée, achevant le parcours chronologique consacré à l’art grec, le nouveau projet inauguré en juillet 2010 veut rendre accessible au public des œuvres parfois méconnues en raison de la célébrité de la Vénus de Milo, tout en permettant l’accès à ce chef-d’œuvre.

Jean-Luc Martinez
directeur du département des Antiquités grecques, étrusques et romaines du musée du Louvre

La Gazette Drouot - 2 juillet 2010 - N°26

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À VOIR
Les nouvelles salles d’art grec classique et hellénistique, aile Sully, salles 7 à 17, à partir du 7 juillet 2010.

À LIRE
La Grèce au Louvre, par Jean-Luc Martinez, coédition musée du Louvre/Somogy, 2010, 192 pp., 250 illustrations






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